Quatre strophes tirées d'un des plus célèbres poèmes d'Alfred de Vigny, chef-d’œuvre de la poésie romantique.
Le poème est intitulé "Les chemins de fer". Vigny précise : "Fragment de La maison du Berger. Poëme". Il correspond aux quatre derniers septains du premier poème ("Lettre à Éva") de La Maison du Berger, paru pour la première fois le 8 juillet 1844, dans La Revue des Deux mondes.
[On se rappelle qu'en mai 1842, le premier accident de chemin de fer fit plus de 50 morts (dont…
Lire la suiteQuatre strophes tirées d'un des plus célèbres poèmes d'Alfred de Vigny, chef-d’œuvre de la poésie romantique.
Le poème est intitulé "Les chemins de fer". Vigny précise : "Fragment de La maison du Berger. Poëme". Il correspond aux quatre derniers septains du premier poème ("Lettre à Éva") de La Maison du Berger, paru pour la première fois le 8 juillet 1844, dans La Revue des Deux mondes.
[On se rappelle qu'en mai 1842, le premier accident de chemin de fer fit plus de 50 morts (dont Dumont-d'Urville et sa famille) et 100 blessés. Cette catastrophe frappa les esprits. Vigny déplore que la modernité nuise au plaisir du voyage et rapetisse le monde.]
"1. Evitons ces chemins. - Leur voyage est sans grâces / Puisqu’il est aussi prompt, sur ses lignes de fer / Que la flèche lancée à travers les espaces / Qui va de l’arc au but en faisant siffler l’air. / Ainsi jetée au loin, l’humaine créature / Ne respire et ne voit, dans toute la nature / Qu’un brouillard étouffant que traverse un éclair.
2. On n'entendra jamais piaffer sur une route / Le pied vif du cheval sur les pavés en feu ; / Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute / Le rire du passant, les retards de l'essieu / Les détours imprévus des pentes variées / Un ami rencontré, les heures oubliées / L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu
3. La distance et le temps sont vaincus. La science / Trace autour de la terre un chemin triste et droit. / Le Monde est rétréci par notre expérience / Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit. / Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne / Immobile au seul rang que le départ assigne, / Plongé dans un calcul silencieux et froid.
4. Jamais la Rêverie amoureuse et paisible / N'y verra sans horreur son pied blanc attaché ; / Car il faut que ses yeux sur chaque objet visible / Versent un long regard, comme un fleuve épanché, / Qu'elle interroge tout avec inquiétude, / Et, des secrets divins se faisant une étude, / Marche, s'arrête et marche avec le col penché".
Belle et grande signature.
Pléiade, Oeuvres complète, tome 1, p. 178.
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